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16,3 % d’emplois exposés à l’IA : combien seront vraiment supprimés ?

Selon Coface, près de 5 millions d’emplois français sont exposés à l’IA d’ici 2030. Exposé ne veut pas dire supprimé : le Forum économique mondial prévoit même plus de créations que de destructions. Reste à savoir ce que devient le travail de ceux qui gardent leur poste.

Cinq millions d’emplois exposés en France : le chiffre circule depuis la publication de l’étude Coface, et il est souvent lu comme une prévision de licenciements. Ce n’est pas ce qu’il mesure. Il concerne des métiers faits de textes, de chiffres, de code et de dossiers : juristes, comptables, développeurs, journalistes. Leur travail est écrit, structuré, vérifiable, donc facile à confier à un modèle. Ce qui les protégeait jusque-là les désigne aujourd’hui.

Le débat tourne autour de l’IA agentique, c’est-à-dire des programmes capables d’enchaîner des décisions sans validation humaine à chaque étape. Ses défenseurs y voient la fin de la saisie et du premier jet. L’horizon 2027 sert de repère, sans qu’aucune échéance ferme ne l’impose.

Silhouette humaine en coupe dont les contours se redessinent en temps réel : le tracé d'origine (métier, outils, gestes anciens) s'efface pa

5 millions d’emplois exposés : ce que mesure l’étude Coface

Selon une étude de Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents, relayée par Les Échos, 16,3 % des emplois privés et publics français sont exposés à l’IA, soit près de 5 millions de postes d’ici la fin de la décennie. À titre de comparaison, la France compte aujourd’hui environ 2,5 millions de chômeurs. Les auteurs fixent un repère : un métier entre en zone à risque quand 30 % de ses tâches peuvent être automatisées. Ce seuil est un critère d’analyse propre à l’étude, pas une règle observée dans les entreprises.

Dans les activités juridiques et comptables, l’édition et la presse, la programmation et le conseil informatique, l’assurance et la finance, plus d’un quart des emplois sont concernés selon l’étude. Ce sont des métiers que l’automatisation industrielle avait épargnés.

Tous les métiers qui ont une forte composante cognitive, qui exigent un travail sur un support numérique et traitent de l'information sont en danger. — Axelle Arquié, Observatoire des emplois menacés et émergents

Exposé, transformé, supprimé : trois mots à ne pas mélanger

Le rapport Future of Jobs du Forum économique mondial (FEM), publié en janvier 2025, prévoit pour 2030 170 millions d’emplois créés et 92 millions supprimés dans le monde, soit un solde de 78 millions en faveur des créations. Le même rapport estime que 39 % des compétences clés seront transformées. Ces chiffres ne mesurent pas la même chose que ceux de Coface : l’un porte sur le monde et les flux, l’autre sur la France et l’exposition.

Prenons un cabinet comptable. Personne n’y supprime le poste de collaborateur parce qu’un outil pré-remplit les écritures. En revanche, le collaborateur traite plus de dossiers, relit ce que l’outil a classé et signe un bilan qu’il n’a pas saisi lui-même. Le titre sur la porte reste le même ; le contenu de la journée n’a plus grand-chose à voir. Aucune des études citées ici ne mesure ce glissement, faute de données de terrain. C’est une extrapolation, plausible mais à vérifier cabinet par cabinet.

Des démonstrations aux dossiers réels : l’écart

Une IA qui rédige un rapport, code une fonction ou résume un dossier impressionne en démonstration. En production, les difficultés apparaissent : cas limites, sources qui se contredisent, obligation de justifier une décision. Un contentieux ou un audit comptable ne se règlent pas avec « le modèle l’a suggéré ».

Axelle Arquié l’illustre pour le cas général : « on ne peut pas confier à une IA la régulation de la température dans une usine chimique sans pouvoir vérifier son raisonnement. Or aujourd'hui, l'IA est une boîte noire. » La remarque vaut aussi pour un audit ou une relecture de code. Selon l’étude, le frein est institutionnel et juridique plus que technique, et seul environ un tiers des grandes entreprises a lancé des projets d’IA agentique. Les deux tiers restants n’ont pas encore franchi le pas.

Ce qui recule, ce qui prend de la valeur

Reculent d’abord les tâches reproductibles : saisie, synthèse documentaire, premier jet de code, support de premier niveau. Gagnent en importance celles où il faut trancher et en répondre : vérification, cadrage, relation client, sécurité. Dans une équipe de développement, cela donne moins de temps à écrire des fonctions et davantage à relire celles que propose l’outil, avec la responsabilité qui va avec.

Impulsion IA 2027 : 80 millions d’euros pour 30 millions de personnes

En septembre 2026, le ministère du Travail a présenté « Impulsion IA 2027 », un plan de 12 mesures doté de plus de 80 millions d'euros et visant plus de 30 millions de personnes : plateforme publique « Explore IA », certification d'État développée avec l'Afpa et l'ANSSI, mobilisation du compte personnel de formation.

Le calcul est vite fait : moins de 3 euros par personne visée. Cela finance une plateforme et une certification, pas des centaines d’heures de formation. Tout dépendra donc de l’usage du compte personnel de formation, financé ailleurs. Le plan parle d’adaptation des compétences, non de reconversion massive, ce qui dit l’ambition affichée, pas son résultat.

Pour une petite structure : par où commencer

Une TPE, une PME ou un indépendant n’ont pas à attendre 2027 pour s’y mettre. Un test simple : choisir une tâche répétitive, comme le compte rendu de réunion, la première réponse à un client ou le tri de factures, la confier à un outil pendant un mois, puis comparer le temps gagné au temps de relecture. Il faut aussi décider qui signe le résultat. Si personne ne peut répondre de ce que l’outil produit, la tâche n’est pas prête à lui être confiée.

Chef d'atelier devant un plan de travail en damier : certaines cases confiées à une main mécanique (bras articulé stylisé, froid, précis), d

Une inconnue demeure : la fiabilité des agents progressera-t-elle assez vite pour qu’on leur délègue des décisions engageantes ? Aucune étude citée ici ne le garantit. Les chiffres de 2027, ceux d’Impulsion IA ou du FEM, seront à comparer avec les emplois réellement perdus ou transformés.

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