Demandez à un assistant de réserver un créneau : au lieu d'un lien vers un site, il peut afficher le calendrier, là, dans la réponse. Depuis le 26 janvier 2026, c'est prévu par le standard. MCP Apps est la première extension officielle du MCP (Model Context Protocol), le protocole qui relie les assistants IA à des outils externes. Un serveur y déclare une interface, et l'application de chat l'affiche dans une iframe sandboxée, un cadre étanche qui l'empêche de toucher au reste de la conversation. ChatGPT, Claude, Goose et Visual Studio Code ont ajouté une prise en charge. Le paiement par carte, lui, relève pour l'instant de la démonstration.
Ce que le standard fixe, et ce qu'il laisse au chat
Techniquement, un outil MCP ajoute à ses métadonnées un pointeur vers une ressource ui:// contenant du HTML et du JavaScript. L'hôte (l'application de chat) la récupère, l'affiche dans l'iframe, et les deux dialoguent en JSON-RPC via postMessage. L'interface peut appeler les outils du serveur et mettre à jour le contexte du modèle : le chat n'affiche plus seulement un résultat, il héberge un début d'application.
Le statut Final du SEP-1865 (Specification Enhancement Proposal), ouvert en novembre 2025 par des contributeurs de MCP-UI et d'OpenAI, dit que le texte est stable. Il ne dit rien de la largeur d'un bouton, de la position du clavier sur mobile ou de la façon dont chaque hôte découpe sa fenêtre.
Sans URL, que reste-t-il d'une page ?
Pas d'adresse, pas de navigation, pas de pageview. L'hôte décide de la largeur, de la hauteur, du thème, de l'apparition de l'interface et de sa disparition. Faites défiler la conversation et l'état de l'interface peut se perdre sans que l'utilisateur ait eu l'impression de quitter quoi que ce soit.
Porter tel quel un tableau de bord donne une miniature de site : menus illisibles, tableaux qui débordent. Mieux vaut chercher ce qui, dans le produit, gagne à être manipulé plutôt que décrit : un sélecteur de dates, la validation d'un devis, un arbitrage entre deux options. Chacun a un objectif, un état court et une fin. Une page, elle, suppose qu'on se promène.

Quand la police de la marque est bloquée
Les hôtes construisent une CSP (Content Security Policy), la liste des origines que l'interface a le droit de contacter, à partir des métadonnées de la ressource : requêtes, scripts, polices, images, iframes imbriquées. Tout ce qui n'est pas déclaré est bloqué par défaut. Prenez une interface qui charge sa typographie depuis Google Fonts : si le domaine n'est pas déclaré, le navigateur affiche la police système, et la charte saute sans qu'une ligne de design ait bougé. Une police est désormais une autorisation.
Même sort possible pour un script d'analytics, une vidéo intégrée ou un CDN oublié. Les équipes habituées à ajouter une librairie pour chaque détail devront défendre chaque dépendance devant une revue de sécurité. Le poids de page redevient un sujet, par la porte de service.
Faire tenir un dashboard dans 480 pixels est le problème facile. Le difficile est de décider ce qui, dans ce dashboard, mérite encore d'exister quand l'utilisateur peut simplement poser la question.
Réserver, valider, configurer : les gagnants
Ce sont les tâches qui demandent plusieurs allers-retours : configurer un déploiement, réserver un créneau, valider une dépense, traiter un remboursement. L'utilisateur reste dans le fil, le modèle voit ses choix, le serveur exécute. Pour un éditeur de SaaS, c'est une présence à l'endroit où la décision se prend, sans application dédiée et sans compter sur l'ouverture d'un onglet.
Côté pertes, la page d'accueil n'est plus l'entrée unique, et le pageview ne mesure plus grand-chose : une interface affichée dans un chat n'apparaît pas dans les statistiques d'un site, et rien n'indique encore comment la compter proprement. Quant au site vitrine, il est fragilisé s'il n'offre aucun geste. Une marque qui n'avait qu'une belle page d'accueil découvre qu'elle n'a peut-être pas de produit.

Le paiement, c'est l'exemple qui fait rêver et qui tiendra le moins. Une carte saisie dans une bulle de chat soulève des questions de confiance, de reçu, d'authentification forte et de litige que l'interface ne résout pas. Qui saisirait son numéro de carte dans une fenêtre dont il ne voit pas l'adresse ? Sur ce terrain, l'avis de la rédaction est net : mieux vaut renvoyer vers un site que l'on reconnaît. Une démo n'est pas un produit.
Un standard, des rendus différents
Les hôtes n'exposent pas les mêmes capacités, les mêmes tailles ni les mêmes politiques CSP, et certains ajoutent leurs propres champs de métadonnées. Le SEP cite lui-même la fragmentation comme motif : sans standard, chaque client aurait inventé sa variante. Aucun test comparatif n'a été mené par la rédaction : l'écart entre ChatGPT et Claude reste donc à vérifier interface par interface, avant toute promesse à un client.
La gouvernance a changé : MCP a été transféré en décembre 2025 à l'Agentic AI Foundation, sous la Linux Foundation. Le protocole est massif, avec près de 97 millions de téléchargements mensuels pour les SDK Python et TypeScript, selon WorkOS. Ce chiffre compte des installations de bibliothèques, pas des interfaces réellement affichées à des utilisateurs. Ce canal peut devenir durable pour les outils transactionnels, ou rester une belle fonction de démonstration. Les usages réels trancheront.
Par où commencer
- Partir d'une tâche qui demande aujourd'hui trois échanges ou plus avec l'assistant. Si une phrase suffit, l'interface n'apporte rien.
- Tester d'abord sous CSP stricte, sans Google Fonts ni analytics : c'est là que les surprises arrivent.
- Prévoir une réponse en texte quand l'interface ne s'affiche pas, car tous les hôtes ne la rendront pas.
- Mesurer les tâches terminées plutôt que le temps passé ou les clics.
La page web ne disparaît pas, mais elle perd son monopole. Reste à savoir quelle partie de votre produit mérite d'être à portée de phrase. C'est une décision de design avant d'être un chantier technique.
