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Le nouveau confessionnal n'a prêté serment à personne

Il est 2 h du matin, un message part vers un chatbot : une dette, un diagnostic, une dispute. Personne ne l'a demandé, personne ne répondra de ce qui sera fait de ces lignes.

Les confidences passent à l'écran

Une étude de Proton publiée le 24 septembre 2026 (plus de 4 000 utilisateurs interrogés en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis) donne le chiffre : 60 % des utilisateurs français de chatbots ont déjà abordé un sujet sensible avec une intelligence artificielle. C'est le score le plus bas des quatre pays. L'Allemagne et les États-Unis montent à 68 %, le Royaume-Uni à 67 %.

L'argent arrive en tête des confidences, avec 30 %. Le travail suit (24 %), puis la santé mentale (21 %). Ce qu'on vient chercher tient moins à l'expertise qu'à l'absence de regard : 43 % des sondés citent l'absence de jugement comme premier avantage, devant la disponibilité (38 %). Sur l'argent, 38 % préfèrent désormais en parler à un chatbot, contre 40 % qui choisissent leur entourage. Deux points d'écart.

Un secret qui se paie cher

Le médecin, l'avocat, le prêtre et le psychologue n'ont pas gagné leur place de confidents par leur seule discrétion. Ils sont tenus par un secret que la loi sanctionne : l'article 226-13 du Code pénal punit la violation du secret professionnel d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Celui qui écoute risque quelque chose s'il parle. Le patient, lui, sait à qui s'en prendre.

Le nouveau confessionnal n'a prêté serment à personne — illustration 2

Le secret ne valait pas parce qu'on faisait confiance à la personne, mais parce que la personne était tenue par sa fonction.

Une bienveillance réglable

Face à un assistant conversationnel, aucun texte de ce type. Le ton chaleureux d'un chatbot vient d'une consigne de départ et d'un entraînement. Il peut changer du jour au lendemain : plusieurs éditeurs ont déjà dû corriger, après une mise à jour, des modèles devenus trop flatteurs ou, au contraire, trop distants, et des utilisateurs attachés à « leur » assistant ont vu sa personnalité se modifier sans préavis.

Côté droit, il reste les conditions générales d'utilisation, la promesse commerciale de l'éditeur et le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Ce dernier impose une base légale, un droit d'accès et d'effacement. Il ne crée ni conseil de l'ordre de l'IA ni secret opposable. Si les conversations servent à entraîner un modèle, cela se joue souvent dans un paramètre de compte que peu d'utilisateurs ouvrent.

La bienveillance se configure ; le secret, lui, s'engage.

Beaucoup d'usage, peu de confiance

Le Global Trustworthiness Index d'Ipsos (septième édition, 17 septembre 2026, 23 500 personnes dans 31 pays) place la France à 15 % de confiance envers les chatbots IA, contre 47 % de méfiance. Autrement dit, on s'en sert sans leur faire confiance. L'Ifop relevait en mai 2026 que 65 % des Français utilisaient l'IA générative, 39 % au moins une fois par semaine.

Proton, de son côté, mesure autre chose : 47 % des sondés estiment que les entreprises d'IA protègent mal les informations personnelles, et près de 80 % choisiraient un assistant conçu pour la confidentialité. Deux enquêtes, deux questions, deux « 47 % » sans rapport. Aucune ne mesure d'évolution dans le temps : on ne peut donc pas dire que la défiance progresse. On peut dire que l'usage la devance.

Reste ce que redoutent les sondés : des échanges qui servent à entraîner les modèles, ou à profiler. Un souci d'argent un jour, une inquiétude médicale le lendemain, une dispute familiale la semaine suivante. Chaque message paraît anodin. L'ensemble fait un dossier.

Indifférent, pas malveillant

On accuse volontiers ces outils de malveillance. Ils sont surtout indifférents : rien n'a été juré, rien ne peut être trahi. Trois cas concrets le montrent.

  • Un dialogue fluide ne dit rien du sort des données : où elles sont stockées, combien de temps, qui y accède.
  • Un assistant peut reformuler une détresse avec douceur. Si la situation bascule, personne n'est prévenu.
  • Un psychologue répond de sa méthode devant un ordre professionnel. Un modèle de langage ne répond de rien.

Seul face à l'éditeur

Le journal intime n'a jamais promis le secret, et un ami peut trahir. La comparaison s'arrête vite. Un carnet ne répond pas, n'archive pas vos phrases dans un centre de données et n'apprend rien de vous. Un ami n'existe pas à des millions d'exemplaires. Quant à la thérapie, elle repose sur un cadre et un professionnel identifiable, pas sur une interface dont le modèle économique dépend du temps passé dessus.

Le confident se retrouve donc face à un service dont la loyauté va d'abord à son éditeur. C'est confortable, ouvert à toute heure, et sans recours.

Le nouveau confessionnal n'a prêté serment à personne — illustration 3

Trois pistes se dessinent : un label de confidentialité vérifiable par un tiers, une obligation légale de non-réutilisation des conversations sensibles, ou l'extension d'un secret protégé aux services qui recueillent des confidences de santé. La première est la plus rapide, la seconde la plus efficace. La troisième est la plus juste, donc la plus lente. En attendant, un réflexe simple : ne rien écrire à un chatbot qu'on ne supporterait pas de voir cité dans un dossier. Et vérifier, avant la prochaine confidence, si l'option d'entraînement sur les conversations est désactivée.

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