En démonstration, tout va vite : un prompt, trente secondes, un texte propre ou un composant qui compile. Ensuite vient le vrai projet, et sa pile de vérifications : dates, chiffres, sources, cas limites, dépendances, ton, conformité. Aucune courbe de productivité ne compte ces heures. Sans elles, pourtant, ce qui a été produit ne vaut pas grand-chose.
45 % de réponses défaillantes, même après relecture de journalistes
En octobre 2025, une étude coordonnée par l'EBU (Union européenne de radiodiffusion) et pilotée par la BBC a soumis plus de 3 000 réponses de ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity à des journalistes de 22 médias publics, dans 18 pays et 14 langues. Résultat : 45 % des réponses comportaient au moins un problème significatif. Un tiers (31 %) péchaient par le sourçage, avec une attribution absente, trompeuse ou fausse ; 20 % contenaient une erreur factuelle majeure. Gemini s'en sortait le moins bien, avec 76 % de réponses problématiques.
Ces défauts n'ont pas échappé à tout le monde : ce sont des journalistes qui les ont trouvés, et c'est bien le sujet. Le contrôle existe, il est coûteux, et il suppose que quelqu'un le fasse. Huit mois plus tôt, le premier test de la BBC donnait 51 % de réponses à problèmes. Les auteurs parlent de « quelques améliorations », pas d'une bascule.
Le public, lui, s'habitue : aux États-Unis, 65 % des adultes voient au moins parfois un résumé IA dans leurs recherches, mais seuls 6 % lui font beaucoup confiance, selon Pew Research Center.
Pourquoi un développeur chevronné perd du temps en se croyant plus rapide
L'étude de METR (Model Evaluation & Threat Research), publiée en juillet 2025, a suivi des développeurs open source expérimentés travaillant sur leurs propres dépôts. Avec l'IA, ils ont mis 19 % de temps en plus. Interrogés ensuite, ils pensaient avoir gagné 20 %. Le profil très qualifié et les outils du début 2025 limitent la portée du résultat. L'écart entre ce qu'on ressent et ce qu'on mesure, lui, risque de durer : générer donne l'impression d'avancer, relire et corriger se compte rarement.

L'IA n'a pas supprimé le coût de la production. Elle l'a déplacé vers celui qui signe.
Qui relit quand tout le monde produit plus ?
Imaginons une agence qui fait générer par un junior la fiche de chaque produit d'un catalogue de cinquante références, en une journée. L'illustration est théorique, mais le scénario est courant. Reste à contrôler les prix, les disponibilités, les mentions légales, les caractéristiques techniques, la cohérence entre les langues. Cela revient à la personne la plus expérimentée de l'équipe, donc la plus chère, et cela prend des jours. Le devis, lui, n'a prévu que la journée de génération.
Ce déplacement se fait sans avoir été négocié. Un freelance qui livre un texte généré sans le vérifier reporte le risque sur son client. Un responsable qui fixe des objectifs de volume sans objectif de contrôle le reporte sur son équipe. Dans les métiers régulés (santé, droit, finance), la responsabilité reste de toute façon à celui qui signe : l'outil propose, le professionnel répond.
Un lien suffit-il à prouver quoi que ce soit ?
Les assistants affichent de plus en plus de citations, de liens, de scores de confiance. C'est utile, sans être concluant : une citation peut être exacte et sortie de son contexte, une source officielle peut être périmée, un chiffre peut avoir changé de définition. Détecter un doute se fait très bien par machine. Décider de publier, non.
Tout vérifier serait absurde : personne ne relit un mail interne comme un communiqué financier. Il faut donc trier, entre ce qui peut rester un brouillon, ce qui exige une source primaire et ce qui ne sort pas sans seconde lecture. Ce tri est lui-même un travail, et il figure rarement au planning.
Quand les gens ne savent plus à quoi se fier, ils finissent par ne plus rien croire. — Jean Philip De Tender, directeur des médias de l'EBU, à propos des résultats de l'étude
Trois lignes à écrire dans le devis
Première ligne : le temps de contrôle, chiffré comme du temps de production. S'il n'apparaît pas, il sera absorbé en silence par celui qui relit, et les gains annoncés seront faux.

Deuxième ligne : un responsable de la vérification distinct de celui qui a généré. Celui qui a lancé le prompt relit mal ce qu'il a lui-même commandé, et un journal des sources permet de répondre, six mois plus tard, à « d'où vient ce chiffre ? ».
Troisième ligne : un seuil par type de contenu, et la formation des juniors à la vérification avant de leur confier la génération. Un objectif de volume qui n'inclut pas le contrôle n'a pas de raison d'être accepté. Rien de spectaculaire, mais ce sont des heures qui se budgètent, pas des principes.
On ne sait pas encore si la vérification restera un métier humain, deviendra une couche technique, ou les deux. Chaque camp a ses partisans, et chacun y trouve son compte. D'ici là, la question pratique est plus simple : qui relit, combien de temps, et qui le paie ?
